Parmi tant et tant de vers délicieux et délicats du barde aveugle Soûr-Dâs, qui vécut en Inde au XVIIe siècle, je vous propose de savourer ceux-ci :

Nul n'a jamais trouvé de paix dans l'amour !
Eprise de la flamme, la phalène
s'y est consumée toute entière,
L'enfant d'abeille enamouré de l'enfant de lotus
est resté prisonnier dans ses pétales,
La gazelle enivrée par le chant du chasseur
est transpercée de ses flèches...
Nous, nous sommes éprises de Mâdhao [Krishna],
et voici qu'il s'en est allé, sans un mot !
Soûr-Dâs, privé du Seigneur, nous pâtissons
et les larmes ruissellent de nos yeux !
Nul n'a jamais trouvé de paix dans l'amour...
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La flûte bouleverse tout !
Elle emplit de son chant les trois mondes
dès que l'Amant de Râdha se met à jouer...
Le veau écarte sa tête du pis,
la vache cesse de brouter,
Le flot de la Jamnâ coule en sens inverse
et le vent fait silence, au son de la flûte...
Emus, égarés, les êtres célestes
dieux, déesses et Gandharvas,
Soûr-Dâs, restent immobiles, çà et là, médusés
au son de la flûte qui enchante les femmes du Braj !
La flûte bouleverse tout...
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Tendrement il a pris dans sa main la guirlande...
Sachant qu'elle reposait sur le sein de sa bien-aimée
il [Krishna] ne l'a pas laissé glisser !
D'un pan de son vêtement jaune, il en essuie la sueur
et puis il la serre sur son coeur...
Il touche ses pieds de ses mains
en disant : "Que tu es lasse !"
La voyant en sueur, du souffle de sa bouche,
il sèche le corps de Râdhâ...
Soûr-Dâs, les yeux fixés sur les sourcils du Seigneur,
les femmes dansent à son gré !
Tendrement il a pris dans sa main la guirlande...
Soûr-Dâs, Pastorales, traduction de la langue braj avec introduction, notes et glossaire de Charlotte Vaudeville, Gallimard
2 commentaires:
Merci cher Pier pour cette poésie qui abolit les distances.
Amicalement
Cela me réjouit de voir que cette poésie vous plaît. Amitiés.
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