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lundi 15 février 2010

Charles Quint à Mahdia (2) : la prise de Mahdia

André Dorie (ou Andrea Doria) fut l'un des plus grands amiraux du XVIe siècle. A la tête des troupes espagnoles de Charles Quint, il reprit Mahdia sur le corsaire turc Dragut en 1550. Le marin est représenté ici en Neptune par Agnolo Bronzino, XVIe siècle, Milan

Après plusieurs mois de siège et de bombardements intensifs qui ont ouvert des brèches dans les fortifications fâtimides de Mahdia, l'armée espagnole de Charles Quint lance l'assaut final sur la ville. Ecoutons Marmol Carvajal, notre témoin oculaire de ces événements, nous conter cet assaut terrible et sanglant :

"Le dixième de Septembre au point du jour, les compagnies qui devaient donner l'assaut, entrèrent pas à pas dans les tranchées, baillant leurs drapeaux, afin que les ennemis ne se doutassent de rien, et laissant d'autres compagnies en garde aux bastions et aux tranchées du côté de la terre. Après midi, André Dorie commença à environner la ville du côté de la mer, avec toutes ses galères, et les soldats s'étant confessés et communiés, pour gagner le grand Jubilé que Sa Sainteté leur avait envoyé ce jour-là, et s'étant recommandés à Notre Seigneur et à Sa Bienheureuse Mère, ils prirent pour mot l'Apôtre qui est le grand Patron d'Espagne et au bruit de la trompette, et d'un coup de couleuvrine, qu'on fit tirer pour signal, ils montèrent de trois côtés à l'assaut, pour faire diversion : les Chevaliers de Malte avec quelques compagnies, du côté de la vieille batterie vers le Couchant ; d'autres à la nouvelle de l'autre côté, et les autres de celui de la mer, en coulant le long de la tour, et entrant dans l'eau. Ceux qui ne purent passer par le chemin fait des ruines de la tour entrèrent par la brèche du côté de la mer. Les ennemis accoururent à la défense de leurs murailles, et la furie de l'artillerie était si grande de part et d'autre, que les tempêtes et les tonnerres n'ont point plus d'épouvante ni plus de bruit. Les Chrétiens étaient accablés d'un orage de dards, et les coups qui donnaient dans le sable, faisaient voler tant de poussière, qu'on ne voyait goutte, de sorte qu'avant qu'on fût arrivé à la brèche il y eut plus de trois cents soldats de tués et un des principaux Officiers reçut deux coups d'arquebuse dans la cuisse. Mais la valeur des Espagnols surmonta les feux et les traits des ennemis si bien que passant sur les corps de leurs compagnons, ils montèrent sur la brèche et après une résistance opiniâtre, ils gagnèrent la tour du coin vers le Levant et arrachant l'enseigne Turque y plantèrent la leur. On ne pût entrer de l'autre côté à cause du précipice qui était auprès du mur comme le Maure avait dit. Quelques soldats arrivèrent au parapet et, tuant un Turc qui leur en voulait défendre l'entrée, passèrent dessus et allèrent rejoindre les autres entrés par la porte de la mer. Car quelques uns y étaient déjà passés, après quoi, un Enseigne arbora son drapeau sur une tour et quelques soldats et quelques mariniers abordant avec des esquifs entrèrent par les canonnières ou embrasures des tours. Les ennemis défendaient, en désespérés, non seulement la ville et les murailles mais les rues et les maisons, et les Turcs voyant la ville prise se retirèrent au château et au logis de la Douane vis-à-vis de la porte d'où, à coups de mousquets et de flèches, ils incommodèrent fort les Chrétiens qui combattaient dans la rue et tuèrent un Capitaine Espagnol d'une mousquetade à la tête. Comme le Viceroy vit le combat échauffé dans la ville, il fit entrer les arquebusiers des compagnies qui étaient dehors parce que rien ne branlait à la campagne, ce qui acheva la défaite des ennemis. Il mourut ce jour là sept cents Turcs ou Maures ; mais ceux-ci se signalèrent plus que les autres. Il y eut dix mille captifs de tous âges et de tout sexe et le butin fut très grand tant en meubles qu'en argent et en pierreries. Il y périt quatre cents Chrétiens mais il y en eut plus de cinq cents blessés.[...]
Cette victoire gagnée le fils du Viceroy de Naples fit enterrer dans un fossé tous les Chrétiens mort pour en ôter la vue et la satisfaction aux ennemis et fit porter les blessés aux maisons qui étaient au camp ; ensuite de quoi l'on consacra la Mosquée par de grandes salves et l'on rendit les actions de grâces à Dieu de cette victoire."

Source : L'Afrique de Marmol, traduction de Nicolas Perrot d'Ablancourt, 1667, Paris, pp. 516-17

samedi 13 février 2010

Pietro Masturzo : le cri

Photo Pietro Masturzo

Cette image du photographe italien indépendant, Pietro Masturzo, vient de remporter le World Press Photo, le prix le plus prestigieux de la photographie de presse.
Qu'y voit-on ? Une femme qui crie, ses mains en porte-voix, dans la nuit sur le toit d'un immeuble.
La photo a été prise à Téhéran le 24 juin 2009 suite aux manifestations qui eurent lieu après l'élection contestée de Mahmoud Ahmadinejad le 12 juin 2009. La femme crie sa colère face à ces élections truquées. Après les manifestations de la journée, des hommes et des femmes, le soir venu, à 22:00 précises, montaient sur les toits ou sortaient sur les balcons pour crier des slogans hostiles au pouvoir et lancer des "Allahu Akbar".
Ayperi Karabuda Ecer, la présidente du jury de ce 53e World Press explique : "La photo montre le commencement d'une histoire énorme. Elle donne la perspective à l'information et touche tant visuellement qu'émotionnellement."
Kate Edwards, membre du jury, déclare : "La photo rend de manière puissante l'atmosphère, la tension, la peur, mais aussi la tranquillité et le calme. Nous recherchions une photo attirante, qui nous emmène loin et nous fasse réflechir davantage - et qui ne se contente pas de montrer ce que nous savons déjà."

Mais la photo montre avant tout le courage d'une femme lancant son cri de liberté face aux forces obscures d'un pouvoir inique.

vendredi 12 février 2010

Charles Quint à Mahdia (1) : description des remparts fâtimides

Dans l'illustration ci-dessus, nous voyons le siège de Mahdia par l'armée de Charles Quint. Même si nous n'avons pas là une représentation fidèle de Mahdia, nous pouvons néanmoins voir les principaux éléments architecturaux de la ville : les remparts ceinturant la cité palatiale, la colline près de laquelle se trouvait l'arsenal, la grande Mosquée. Le rempart maritime comportait 110 tours bastions. Un momunmental porche (Skifa Kahla) situé sur l'isthme gardait l'entrée à Mahdia. Illustration intitulée Africa olim Aphrodisium, tirée de Civites Orbis Terranum, XVIe siècle, BNF

Au début du XVIe siècle, la piraterie turque, avec notamment à sa tête le fameux Khayr al-Din Barberousse, sévit en Méditerranée. En 1534, Barberousse marque un coup d'éclat en réussissant à s'emparer d'un site aussi prestigieux et stratégique que la ville de Tunis. Afin de reprendre cette place et d'éradiquer définitivement la piraterie, Charles Quint arme une flotte puissante qu'il place sous le commandement d'André Dorie. Grâce à cette flotte, l'armée de Charles Quint reprend Tunis en 1535. Plus tard, apprenant que le corsaire turc Dragut a établi son quartier général à Mahdia d'où il lance des raids dévastateurs sur les côtes du Maghreb et de l'Italie, la flotte espagnole met les voiles sur la ville. Après un siège long de plusieurs mois, l'armée lance un assaut puissant et meurtrier sur les fortifications et réussit à s'emparer de Mahdia en 1550. Les espagnols resteront dans cette ville jusqu'en 1554, date à laquelle, avant leur départ, ils dynamiteront ses remparts afin de faire perdre à Mahdia sa caractéristique de place forte.
Marmol Carvajol, historien, écrivain et soldat, a suivi l'armée de Charles Quint dans son expédition en Afrique. Il nous a laissé, en tant que témoin oculaire, un récit de première importance sur la prise de Mahdia et de la destruction de ses fortifications par les espagnols [1].
Dans l'extrait ci-dessous, Marmol nous décrit les superbes remparts fâtimides de Mahdia :


"De la ville d'Afrique [Mahdia]

C'est une grande ville ruinée de notre temps par Charles Quint comme nous dirons ensuite. C'était l'ancienne Adrumette des Romains que Ptolémée met à trente degrés quarante minutes de longitude et à trente deux quarante minutes de latitude. Depuis ce temps-là le Calife schismatique de Kairouan la fortifia et la nomma de son nom Mahdia. Elle est bâtie comme une île sur une pointe de terre qui avance dans la mer à quatre lieues de Tobulba vers le Levant. Elle était bien murée et garnie de tours et batue des flots de la mer de tous côtés hormis en un espace de trois cent cinquante pas par où elle tenait à la terre. Mais cet endroit était occupé par un château construit dans le mur qui était massif jusqu'au cordon [2] et avait quarante pieds d'épaisseur avec six tours éloignées l'une de l'autre et massives aussi qui avançaient de quarante pieds en dehors jusqu'à la barbacane du ravelin [3]. Au haut [à l'arrière] de ce château il y avait deux murailles qui répondaient l'une à la ville et l'autre à la campagne et entre ces murailles et le vuide [vide] des tours étaient les appartements du Gouverneur et des soldats. Les quatre tours du milieu étaient carrées mais les deux autres qui étaient battues des flots de la mer étaient rondes et hautes [4]. Elles avaient toutes de petites portes couvertes de lames de fer et si basses qu'on n'y pouvait entrer qu'en se baissant de sorte que chaque tour était une forteresse séparée. En la seconde tour carrée vers le Levant était la porte principale et il n'y en avait point d'autre du côté de la terre. Cette porte avait une grande voûte obscure [5] sous la tour et six portes à la file couvertes de lames de fer et les secondes portes en entrant par dehors étaient faites de grosses barres de fer et enclavées ensemble sans aucun bois et en chacune il y avait un lion en bronze relevé en bosse qui se regardaient l'un l'autre [6]. Ces portes n'étaient pas plates mais courbées en dehors et elles avaient toutes leurs herses de fer et leurs retraites qui tombaient du haut de la tour à huit pas ou environ du haut de ce mur. Il y en avait un autre plus bas qui servait de fausse braie et avait douze pieds d'épaisseur et neuf tours si bien comparées que les trois répondaient à deux du fort. Et en celle du milieu il y avait une porte du côté tournée au Levant. La ville avait cinq mille trois cent pas de circuit et des tours de trente en trente pas. L'arsenal regardait l'Orient près d'une grande Mosquée bien bâtie qui tenait au mur. Au bout de la ville vers le Septentrion, il y a une hauteur sur laquelle s'élevait une tour qui découvrait toute la mer. Au dedans de la ville était un port fermé où l'on entrait par une voûte faite dans le mur où l'on refermait les galères et les autres petits vaisseaux [5]; mais pour les grands il y avait un hâvre raisonnable. Devant la ville du côté du Midi étaient des collines chargées de vignes et de maisons de plaisance et vers le Levant des jardins et des vergers qui s'arrosaient par le moyen de quelques puits. Les terres labourables aboutissaient à une montagne qui traverse de l'Orient au Couchant derrière laquelle il y a de grandes campagnes où errent les Arabes l'hiver parce qu'il y a de bons pâturages pour les troupeaux autour de quelques lacs qui s'y forment. Cette ville fut fort splendide lorsqu'elle était au pouvoir des Romains et fut prise avec Carthage par les successeurs de Mahomet qui la ruinèrent de fond en comble jusqu'à ce que le Mahdi la rétablit et bâtit le mur dont nous parlons et y établissant son trône la repeupla et la rendit considérable. Après sa mort, il y eut de grandes révolutions en Afrique et sur le déclin de l'empire des Califes de Kairouan quelques corsaires de Sicile se saisirent de cette place et lui donnèrent le nom d'Afrique. Les Chrétiens l'ont possédée ensuite jusqu'à ce qu'un Roi du Maroc de la lignée des Almohades la conquît. Elle a toujours été depuis au pouvoir des Mahométans sinon lorsqu'on la reprit sur Dragut. Le Comte Pedro Navarre l'avait attaquée auparavant mais les Maures la défendirent si courageusement qu'ils le firent retirer avec perte. Les habitants de cette ville étaient légers et inconstants et s'étaient révoltés plusieurs fois contre les Rois de Tunis et furent quelques temps en liberté si ce n'est lorsque Dragut s'en saisit comme nous allons dire."


Source : L'Afrique de Marmol, tome II, traduction de Nicolas Perrot d'Ablancourt, Paris, 1667, pp. 502-3.
____________________
[1] L'Afrique de Marmol, traduction de Nicolas Perrot d'Ablancourt, Paris, 1667
[2] Le cordon est, en architecture, une grosse moulure qui court autour d'une muraille ou d'un bâtiment
[3] Les dimensions de ce mur (40 pieds qui correspondent à 11, 12 m) semblent bien trop importantes pour être vraies pour l'époque, selon L. Golvin, car une telle épaisseur n'a été retrouvée nulle part ailleurs dans le monde musulman.
[4] Deux murailles sur l'isthme gardaient l'entrée à Mahdia. La muraille du côté de la ville de Mahdia (soit la muraille intérieure) possédait 4 tours carrées et deux tours octogonales (et non rondes, comme l'écrit Marmol) aux extrêmités. C'est sur cette deuxième muraille que se trouvail le monumental porche connu sous le nom de Skifa Kahla ("le vestibule sombre")
[5] Cette voûte obscure dont parle Marmol est le fameux monumental porche appelé Skifa Kahla qui gardait l'entrée à Mahdia. Concernant l'aspect massif des portes, l'historien andalou al-Bakri (m. en 1094) écrit : "la ville d'el-Mehdiya a deux portes de fer, dans lesquelles on n'a pas fait entrer le moindre morceau de bois, chaque porte pèse mille quintaux et a trente empans de hauteur ; chacun des clous dont elles sont garnies pèse six livres, sur ces portes on a représenté plusieurs animaux." Et Ibn Hawqal qui visita Mahdia en 947 écrit pour sa part : "Elle [Mahdia] a une belle muraille, solidement fortifiée, en pierre ; celle-ci est munie de deux portes, dont je n'ai vu l'équivalent ni rien de comparable en aucun point de la terre..."
[6] Les deux tours situées de chaque côté de l'entrée du port comportaient une chaîne que l'on pouvait fermer pour empêcher les navires ennemies d'y pénétrer.

mercredi 10 février 2010

Moncef Ghachem : promenade et pêche à Mahdia

Mahdia, place du Caire. Aquarelle de Jean Camille Louit, 2007


"Après la sieste venait la promenade jusqu'au centre de la ville. Le brouhaha des terrasses de cafés et les voix rugueuses des pêcheurs de sardines parlant en sicilo-tunisien... Leurs éclats de rire et les chats rôdant entre les couffins qui contenaient leur dîner de mer, généralement composé de poisson frit à la sauce tomate... L'enfant au visage de houri avec son plateau de jasmin passant parmi les tables chargées de verres de thé à la menthe et de limonade fraîche... Le clochard du port, ivre comme toujours, titubant sur les marches du café... La radio déversait à longueur de soirée la dernière chanson d'Oum Kalthoum pour le plus grand plaisir de quelques consommateurs solitaires, retirés à l'ombre des pins maritimes, en face du café... Les histoires abracadabrantes des jeunes oisifs sur le seuil du débit de tabac... Le paquet ouvert d'un air indifférent et les amandes impudiquement croquées... Puis le bruit des moteurs des sardiniers dans le port voisin, leur cohue colorée à son entrée, entre les phares, leur alignement graduel vers l'est où sont les myriades de bancs argentés et tous les trésors de la nuit marine...
Alors, il faisait bon aller manger un brik à l'oeuf chez le gargotier Sola, en face de l'unique salle de cinéma de la ville. Et voir, s'il me restait une pièce au fond de la poche, le western qui passait ce soir-là, L'homme qui tua Liberty Valence ou La chevauchée fantastique, pour, à la fin, quitter la salle obscure les poings serrés, prêt à régler son compte à quelque garnement de la vieille cité. Mais la nuit tenait les rues vides et les ruelles infréquentables à force de silence et d'obscurité. La plupart des enfants dormaient, les hommes étaient en haute mer, et les femmes veillaient tendrement sur le sommeil des uns et la bravoure des autres. Parfois, cependant, les chants d'une fête féminine coupaient à la nuit son habit de mutisme bleu. Et toujours, au-delà du cimetière, sur l'horizon tangant de la mer, les bracelets de lumières dorées, groupées ou éparpillées vers l'est et vers le sud, des lamparos, car de robustes gaillards ramaient...
Demain à l'aube, si mon père ne nous appelait pas pour charger la senne sur la barque, ou ramasser les faux éperlans ou prêtres aux environs de la rive, il faudrait se rendre au port avec Snéguel, pour acquérir une caisse de saurels ou de sardines et en amorcer les hameçons des palangres sous la voile dressée de notre César magnifiquement peinte en rouge et blanc.
Et ainsi, la pêche aux dentés dans les Rochers de l'Est, dans la Fosse de Salacta ou à la Pointe de Dimas tendait ses fils au rythme d'une vie laborieuse. qui quémendait à la mer quelques lots de ses peuplades, ou à ses jardins escarpés et à ses villes englouties, quelques dons fabuleux. Entre les mains habiles de mon père, un poisson des profondeurs se débattait. Dans la cale, un congre ou un ange de mer froufroutait. Un oiseau tournoyait, fendant l'air de son bec agité. Il suivrait de ses cris et de ses plongeons la trace de notre retour jusqu'à la crique du port enclavé. Snéguel chantonnait. Tout autour de sa nuque, des perles de sueur brillaient. A son habituelle rengaine, mon père souriait. Sous son coude, la barre du gouvernail était immobilisée.
Mets ta main là ou j'enferme mon secret.
C'est César qui y est ancrée,
pleine à ras bord de beaux dentés."
Moncef Ghachem, L'Epervier. Des nouvelles de Mahdia, L'Arganier

Moncef Ghachem : L'Epervier. Des nouvelles de Mahdia


Quatrième de couverture du livre L'Epervier de Moncef Ghachem, chez L'Arganier :
A la fois récits de vies, évocations poétiques et profession de foi poétique, ce recueil n'a au fond qu'un personnage central, le port de Mahdia, sur la côte tunisienne, car c'est de ses eaux généreuses que sont nés l'homme et le poète, son histoire et son inspiration.
Parcouru d'éclats de voix, de fulgurances et de douceurs, le livre est animé par une galerie de personnages qui touchent à l'universel. On y croise El-Bey le Père, pêcheur au grand coeur ; Si El-Hédi, l'instituteur éveilleur de conscience ; Jilani le Tigre, clochard et conteur mais aussi Jean-Paul Belmondo en légionnaire ; Yannis Ritsos, poète de la "grécité"... et tant d'autres que Ghachem, enfant et patriarche, a saisi dans le filet de sa prose.
Moncef Ghachem est né en 1946 à Mahdia. Fils et petit-fils de pêcheur, il devient journaliste littéraire pour de nombreuses revues, traducteur en arabe de poésie - Yannis Ritsos, René Char, Henri Michaux, Eugène Guillevic, Lorand Gaspar ou Michel Butor -, et surtout poète lui-même. Un poète dont l'oeuvre a été récompensé à de nombreuses reprises : prix Mirabilia 1991 de la poésie francophone, "Découverte" du prix Albert Camus 1994 (pour L'Epervier justement), mention spéciale du Grand Prix Léopold Sédar Senghor 2006,...

samedi 6 février 2010

La fondation de Mahdia

Vue satellite de Mahdia. C'est sur la presqu'île que furent bâtis, sous les ordres d'al-Mahdi, le palais du Calife, les bâtiments administratifs, la grande mosquée, le port et l'arsenal. La péninsule était ceinturée par une puissante muraille et un monumental porche (Skifa Kahla) situé sur l'isthme gardait l'entrée à la ville palatiale.


La fondation de Mahdia :

La ville de Mahdia, dans l'actuelle Tunisie, tient son nom de son fondateur Ubayd Allah al-Mahdi (encore appelé Muhammad al-Mahdi) qui après avoir choisi son site et ordonné sa construction, s'y installa en 921.
Si tous les auteurs arabes s'accordent pour attribuer la paternité de la fondation de Mahdia à Ubayd Allah, en revanche, ils divergent de quelques années concernant la date de début et de fin des travaux. Néanmoins, la plupart tombent d'accord pour avancer la date de 915-16 pour le commencement des travaux et de 918 pour celui de l'achèvement.

Les chroniqueurs nous apprennent également qu'al-Mahdi chercha longuement un emplacement idéal pour sa nouvelle capitale avant d'arrêter finalement son choix sur la presqu'île de Jummi (ou Jumma). L'historien tunisois Abd Allah al-Tijani qui vécut à Mahdia au début du XIVe siècle, écrit :
"Ubayd Allah al-Mahdi sortit (de Raqqada) en l'an 912, il se dirigea vers la ville de Tunis et il visita Carthage, puis il passa dans d'autres villes du Sahel cherchant un endroit de la côte où il pourrait fonder une ville et où il pourrait se retrancher lui et ses descendants...Il ne trouva pas d'endroit meilleur que celui où devait se trouver Mahdia et il traça alors les plans de son palais..." [1]

Le grand historien Ibn Khaldoun nous rapporte un récit plus détaillé de la construction de Mahdia et les raisons qui poussèrent le souverain à l'édifier :
"La perspective du danger auquel l'empire serait opposé dans le cas où les Kharidjites (de l'Ifiqiya) prendraient les armes, décida le Mahdi à fonder sur le bord de la mer une ville qui pût servir d'asile aux membres de sa famille. L'on rapporte, à ce sujet, qu'il prononça les paroles suivantes : je bâtirai cette ville pour que les Fâtimides puissent s'y réfugier pendant une courte durée de temps. Il me semble les y voir, ainsi que l'endroit en dehors des murailles où l'homme à l'âne viendra s'arrêter. Il se rendit lui-même sur la côte afin de choisir un emplacement pour sa nouvelle capitale, et, après avoir visité Tunis et Carthage, il vint à une péninsule ayant la forme d'une main avec le poignet ; ce fut là qu'il fonda la ville qui devait être le siège du gouvernement. Une forte muraille garnie de portes de fer, l'entourait de tous les côtés. On commença les travaux vers la fin de l'an 303 (juin 916). Il fit tailler dans la colline un arsenal qui pouvait contenir cent galères ; des citernes et des silos y furent creusés par son ordre, des maisons et des palais s'y élevèrent et tout ce travail fut achevé en l'an 918-19. Après avoir mené à terme cette entreprise, il s'écria : "je suis maintenant tranquille sur le sort des Fâtimides !" [2]

Ce texte d'Ibn Khaldoun appelle plusieurs remarques :
- il récapitule l'essentiel des informations que l'on trouve chez la plupart des auteurs arabes, à savoir : la recherche du site, la volonté de construire une capitale par mesure de sécurité, la prémonition du Mahdi concernant l'homme à l'âne et enfin l'élévation de puissantes murailles autour de la ville ;
- Ibn Khaldoun évoque la perspective du danger kharidjite comme motif de construction de Mahdia ; cette révolte kharidjite menée par le charismatique boîteux Abu Yazid, surnommé "l'homme à l'âne", fut à deux doigts d'emporter la dynastie fâtimide sous le règne d'al-Qa'im (r. 934-946), le successeur du Mahdi ; les troupes kharidjites parvinrent alors aux pieds de la muraille de Mahdia qui subit un siège long de plusieurs mois jusqu'à ce qu'une sortie audacieuse des assiégés ne mette en déroute les insurgés ;
- la curieuse histoire concernant la prémonition qu'aurait eue le Mahdi de la révolte de l'homme à l'âne ; cette légende nous la trouvons mentionnée également chez d'autres auteurs mais sa naissance demeure un mystère ;
- Notons enfin la comparaison du site de Mahdia avec la forme d'une main et son poignet ; le géographe al-Muqaddasi soulignait quant à lui qu'on ne pouvait pénétrer dans la ville que par un chemin étroit "comme une lanière de chaussure".

Contexte historique et raisons de la fondation de Mahdia :

Les Fâtimides accédèrent au pouvoir en Ifriqiya, en 909, en s'emparant de Raqqada, la capitale de la dynastie régnante des Aghlabides, située près de Kairouan.
Cette accession au pouvoir provoqua dans le monde musulman une véritable onde de choc et bouleversa l'échiquier politique dans le Maghreb. Avec les Fâtimides, les chiites parvenaient pour la première fois au pouvoir dans le monde arabe, et un Califat rival de celui des Abbassides installé à Bagdad, était proclamé à Raqqada. Autre fait marquant, pour la première fois depuis la conquête arabe, les berbères relevaient la tête et prenaient le dessus sur les arabes dans le Maghreb. C'est, en effet, à la tête d'une armée composée de berbères de la tribu des Kutama, convertie à l'Ismaélisme, que le da'i Abu Abdallah al-Shi'i conquit Raqqada et mit en déroute les troupes aghlabides.
La prise de pouvoir fut, comme l'on pouvait s'y attendre, suivie d'une grande instabilité politique. Des révoltes éclatèrent un peu partout en Ifriqiya. Dans les grandes villes, peuplées essentiellement d'arabes sunnites, des massacres de chiites et de berbères furent perpétrés, comme à Kairouan en 912-13. Dans les montagnes de l'Aurès, pourtant peuplées de berbères, des insurrections se produisirent là-aussi. La prééminence des Kutama exacerbait et envenimait les rivalités et les jalousies déjà anciennes entre les tribus. Mais le plus grand danger pour le Mahdi lui vint de son propre camp. Le da'i Abu Abdallah al-Shi'i, aiguilloné par son frère, avait rejeté son allégeance envers son ancien maître et réclamait à présent le pouvoir pour lui-même. Les deux frères fomentèrent une conjuration visant à renverser le nouveau souverain. Ubayd Allah réagit énergiquement et se révéla à la hauteur de sa nouvelle fonction de calife. Il envoya ses fidèles Kutama rétablir l'ordre dans les foyers d'insurrection et rassura les populations des villes en garantissant la tolérance religieuse à toutes les communautés confessionnelles. La conspiration du da'i échoua et l'on retrouva les deux frères assassinés dans des circonstances mystérieuses.
Nous pouvons vraisemblablement admettre que ce climat d'insécurité ait poussé Ubayd Allah à fonder une nouvelle capitale, située loin des montagnes de l'Aurès et des anciens centres du pouvoir. Le choix du site pour Mahdia constitue un véritable coup de génie du souverain fâtimide, comme nous le confirme l'archéologue et géographe, E. F. Gautier qui nous décrit les atouts exceptionnels de sa situation :
" Ce golfe des Syrtes y est unique : une mer semée d'îles, sans profondeur, sur un socle continental qui s'étend loin, vivifiée par une marée sensible. Le Maugrebin, partout ailleurs terrien indécrottable, devient ici un marin. Il y a là un liseré de population amphibie qui vit largement de ses olivettes et de sa pêche... Dans ce pays unique, le site de Mahdia l'est aussi. Sur cette côte des Syrtes, très empâtée, on trouverait difficilement un autre promontoire péninsulaire comme celui de Mahdia, aussi long et mince, et rattaché à la terre par un "poignet" aussi fin. Pour y placer la capitale d'un empire, il faut évidemment tenir la mer. Mais les Arbélites, maîtres de la Sicile, avaient nécessairement laissé une flotte à leurs successeurs. Ce point réglé, le choix de Mahdia était très intelligent. Mettez derrière de solides remparts, de tenaces fantassins kabyles. Nul ne pourra empêcher la population amphibie de la côte de vaquer au ravitaillement. Et pas de populace de grande ville à nourrir et à tenir en respect. C'est imprenable, un autre Ikdjan [3], mais bien mieux adapté aux nécessités et aux responsabilités nouvelles". [4]

Mahdia fut ceinturée par une puissante muraille qui courait le long de tout le rivage de la péninsule. La muraille était renforcée à intervalle régulier par des tours fortifiées. Un monumental porche (la Skifa Kahla), situé à l'entrée de la presqu'île et comportant des portes massives en fer, gardait l'entrée de Mahdia. La ville palatiale était ainsi défendue de tout péril venant de la terre comme de la mer. Plusieurs sources nous rapportent le soulagement du Mahdia en voyant sa capitale terminée : "Je suis maintenant tranquille sur le sort des Fâtimides" ou encore : "Maintenant, je suis tranquille sur le sort des filles fâtimides." [5]
Ajoutons également que le choix du site de Mahdia, en bordure du littoral, avait également pour but, outre les raisons de sécurité que nous avons évoquées, de permettre à Ubayd Allah de réaliser son grand dessin de conquête de l'Orient, avec dans un premier temps la prise de l'Egypte et à terme celle de Bagdad elle-même. L'ancien port punique qui existait sur le site fut creusé et considérablement agrandi. Ibn Khaldoun nous dit qu'il pouvait recevoir jusqu'à cent galères. Grâce à ce port, Mahdia devint, au niveau des échanges commerciaux, le port le plus actif du Maghreb. Un arsenal fut construit dans la colline située près du port. Les Fâtimides purent ainsi s'équiper d'une flotte militaire puissante. Elle assura à la dynastie la suprématie en Méditerranée pendant un demi-siècle. Le poète Ibn Hânî nous a laissé dans son recueil de poésie une description particulièrement vivante et enthousiaste de la flotte fâtimide.

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[1] [2] [5] Lucien Golvin, Mahdya à la période Fatimide, in Revue de l'Occident musulman et de la Méditerranée, N° 27, 1979, pp. 75-98
[3] Ikdjan était le fief des berbères Kutama et c'est en ce lieu que le da'i Abu Abd Allah al-Shi'i avait élu résidence et en avait fait le centre de la prédication ismaélienne (dâr al-hijra).
[4] Farhad Dachraoui, Le califat fatimide au Maghreb, Tunis, 1981, p. 386. (Cette thèse du savant tunisien Farhad Dachraoui, présentée en 1970 à la Sorbonne, est la référence essentielle et incontournable pour qui s'intéresse à la période fatimide au Maghreb).



mercredi 3 février 2010

Le manque, c'est la présence

Teatro Giuditta Pasta,
Città di Sarono,
Compagnia Teatro del Popolo


Alors voilà, ce matin, en faisant le tour de mes blogs préférés, j'ai lu ce texte qui m'a particulièrement ému sur Vita Nova, un blog qui m'est infiniment cher. Je reproduis le billet tel quel ici :

"Je parle avec Rafaniello, aujourd'hui nous avons le temps, je lui demande si son pays ne lui manque pas. Son pays n'existe plus, il n'y est resté ni vivants ni morts, on les a fait disparaître tous ensemble : "Je ne sens pas le manque, dit-il, mais la présence. Dans mes pensées ou quand je chante, quand je répare un soulier, je sens la présence de mon pays. Il vient souvent me trouver, maintenant qu'il n'a plus une place à lui. Dans le cri du marchand d'eau qui monte avec son charreton à Montedidio pour vendre de l'eau sulfureuse dans des pots de terre cuite, de sa voix aussi me parviennent quelques syllabes de mon pays." Il se tait un moment, ses petits clous dans la bouche et la tête penchée sur une semelle. Il voit que je suis resté à côté et il continue : "Quand tu es pris de nostalgie, ce n'est pas un manque, c'est une présence, c'est une visite, des personnes, des pays arrivent de loin et te tiennent un peu compagnie." Alors don Rafaniè, les fois où il me vient la pensée d'un manque, je dois l'appeler présence ? "C'est ça, et à chaque manque, tu souhaites la bienvenue, tu lui fais bon accueil." Alors quand vous vous serez envolé, je ne dois pas sentir votre manque, moi ? "Non, dit-il, quand il t'arrive de penser à moi, moi je suis présent." J'écris sur le rouleau les paroles de Rafaniello qui ont mis le manque sens dessus dessous et il est mieux comme ça maintenant. Lui, avec les pensées, il fait comme avec les chaussures, il les retourne sur sa caisse et les répare."
Erri de Luca, Montedidio.

(Sandrine Alexie, blogueuse de Vita Nova, est bibliothécaire, écrivaine, traductrice (kurde-français), interprète et, de surcroît, dotée d'une érudition phénoménale)

mardi 2 février 2010

Emile Dermenghem : "Le plus humain des arbres"


"Les pieds dans l'eau la tête dans le soleil."
Le palmier est traité comme un être humain. N'a-t-il pas un sexe ? N'a-t-il pas une tête qu'on ne peut couper sans qu'il meure ? des membres qui ne repoussent pas ? On l'aime de si bien répondre à ce qu'on fait pour lui. Non seulement il nourrit ceux qui le soignent, mais il rend le bien pour le mal : jetez-lui une pierre, il vous envoie des dattes. On le préserve, en certains cas, du mauvais oeil, en suspendant à son tronc un crâne de chameau, un tibia de mulet, une vieille marmite trouée. Celui qui s'obstine à mal produire est menacé symboliquement : on fait semblant de se préparer à le couper.
On ne se décide à abattre un palmier que s'il est vraiment malade, ou cassé par le vent. Le palmier participe à l'amour des hommes et à la louange de Dieu. Le murmure du vent dans ses palmes est une glorification du Maître des mondes. Certains sont sacrés, marabouts, ornés de chiffons votifs, encensés. Quand on abat un palmier mâle, on place sur les femelles voisines, ses épouses, quelques-unes de ses feuilles pour aténuer leur chagrin. Ces amoureux sont ombrageux : pour aténuer les crises de jalousie - sans doute aussi pour des raisons plus techniques -, on prend soin d'espacer les plants de cinq à dix mètres.
La plantation se fait en général par des rejets,
hachana, qui sont comme des enfants semblables à leur mère, la nakhla. A sept ou huit ans, l'arbre est adolescent, en pleine vigueur, mais peu élevé : on le dit alors djebara. On prétend qu'un palmier peut vivre cinq cents ou mille ans. En fait, il ne dépasse pas deux cents.
Un mâle peut féconder cent femelles. C'est naturellement cette opération de la fécondation qui est l'objet, non seulement des soins les plus attentifs, mais des rites les plus minutieux ou poétiques. Les fleurs sexuées d'un arbre dioïque se trouvant sur des pieds séparés, une culture efficace ne laisse pas aux hasards naturels, vent ou insectes, le soin de rapprocher pollen et pistil.
On coupe les fleurs mâles du
dokor, au fur et à mesure de leur maturation, mais avant que leurs spathes s'entrouvrent complètement et ne laissent échapper le pollen, ghabra, "poussière". Mettant quelques brindilles munies de fleurs dans l'ouverture de sa gandoura ou dans une sacoche suspendue à son cou, le fécondateur monte sur l'arbre femelle, la nakhla, s'installe sur les palmes, jerîd, aux dangereux piquants, introduit une brindille de fleur mâle dans chaque thyrse avec une foliole. L'opération peut se faire au sol quand il s'agit d'une jeune djebara [...].
Les palmiers, assure-t-on, peuvent être malades d'amour. Un homme avait remarqué dans son jardin un arbre qui perdait ses fleurs, sans raison apparente. Un vieux jardinier consulté vit du premier regard que la
nakhla se mourait d'amour pour le dokor qui lui faisait face. Il réunit alors les stipes des deux arbres par une forte ligature, de façon que leurs palmes puissent s'entrelacer. Le palmier revint à la vie, ses fleurs ne coulèrent plus et les récoltes qu'il donna furent splendides. Quelques années plus tard, le propriétaire du jardin coupa le lien qui réunissait les deux arbres. Le palmier amoureux se remit à perdre ses fleurs et à souffrir de consomption. Il fallut le rapprocher à nouveau de son époux pour le guérir.

Emile Dermenghem, Le plus humain des arbres, in Le livre des déserts, Robert Laffont

lundi 1 février 2010

Clandestino


"Le salaire de la peur

Le poète lucide
entre deux pinards
ne sait que trop bien
que sa mi-clope grillée
interdite de comptoir
avec un clandestin
qui grille
sur le trottoir
l'autre moitié,
pas la meilleure,
pas celle avec qui
on a cessé de coucher afin de migrer,
mais celle de la peur,
que la xénophobie et
l'égoïsme du nord,
tout comme les lois et
les polices
qui le protègent
payées par la peur,
pour la peur, l'autre peur,
celle de l'autre,
poursuivent
Mon frère, grandi
du salaire de la peur.

Le mal étend ses abcès
purulents
plus souvent qu'à son tour
à la source :
despotisme, interdits,
superstition, ignorance,
corruption, opportunisme,
lâcheté, fatuité, machisme,
jalousie, inconscience, fraude,
vol, arnaque, rackets, exploitation
et j'en passe. Humain, très humain
pousse, enfle, prospère,
inavoué au nord,
luxuriant, soutenu, encouragé au sud
Mare Nostrum, notre mer,
notre marâtre aux abîmes,
où s'abime - concert discordant -
tout espoir de rejeter
la tyrannie commune,
la peur quotidienne,
la censure coutumière,
les interdits ataviques
prétendus religieux,
l'oppression légale, omniprésente,
aveuglement, cécité, déni de justice, misère, chômage,
oisiveté forcée des forçats du farniente
au désert de perspectives et d'espoir.
Assez !"

Poème de Giulio-Enrico Pisani, in Nous sommes tous des migrants, Schortgen, 2009

Inespoir


Je ne crois pas en un jour d'épaules nues
Je ne crois pas en des lendemains qui chantent
Je ne crois pas au temps des cerises
Mais je chante pour des lendemains
D'épaules nues
Sous des cerisiers en fleurs

Poème de Jalel El Gharbi, in Nous sommes tous des migrants, Schortgen, 2009