Qadmous est à présent une ville paisible, voire endormie, avec une certaine réputation pour la qualité de ses produits maraîchers.
vendredi 24 juillet 2009
La citadelle de Qadmous (Syrie) : description du site
Qadmous est à présent une ville paisible, voire endormie, avec une certaine réputation pour la qualité de ses produits maraîchers.
dimanche 19 juillet 2009
Maurice Barrès à Qadmous : récit de voyage
A cheval, en file indienne, nous traversons Masyaf. D'un dernier regard, j'aime la belle forteresse et ce coin perdu, où je suis venu vérifier mes rêves et les transmuer en données positives. Puis, tout droit, nous attaquons la haute montagne.
Une petite croupe, un ravin, et l'ayant longé et traversé, nous nous trouvons en présence d'un nouvel étage de rochers, où serpente une nouvelle vallée, jusqu'à ce que nous arrivions sur un plateau broussailleux. On le descend à l'Ouest, on franchit un ruisseau qui coule du Sud au Nord, puis l'on gravit, au long d'une petite gorge, pendant deux heures, des éboulis et des broussailles. Et c'est alors un nouveau plateau, dont nous suivons les sinuosités pour gagner une colline où commence la « route carrossable ».
Quelle description difficile ! Sûrement, je manque d'imagination topographique. C'est qu'au milieu de cette immense pierraille qui roule sous nos pieds, et dans cet enchevêtrement de vallées, sous ce soleil infernal, je ne pense qu'à voir, après Masyaf, Qadmous. Il ne faut me demander que la description de cette obsession d'amoureux. Sur mon carnet, tout est confusion, sauf trois lignes : « Traversée pénible de la chaîne des Ansariés ; terrain rocheux, légèrement boisé et sans eau. Arrivée à onze heures à Aïn-Hassan, petite source où nous sommes heureux de nous asseoir, tandis qu'un berger qui s'approche nous vend du lait de ses chèvres. »
A cette heure du déjeuner, nous sommes dans la grande montagne, où les masses de calcaire alternent avec les bancs d'argile. L'horizon est immense, terminé par la mer. Notre route dorénavant va serpenter sur une espèce de plateau un peu accidenté, jusqu'à ce qu'elle descende franchement à Qadmous. Mais si large que soit la vue, ce Qadmous nous demeure masqué par une colline à notre droite, et ne surgira qu'une demi-heure avant notre arrivée, faible ruine sur un haut massif de soulèvement, autour duquel les terrains ont été emportés. Un grand paysage théâtral...
A. cette minute de l'apparition, vers une heure de l'après-midi, nous sommes abordés en fantasia par la plus brillante escouade de cavaliers. A sa tête, Abdallah Elias, jeune homme d'excellentes manières et parlant le français, qui est employé à la régie des tabacs de Lattaquieh. Il vient d'apporter au Moudir de Qadmous, de la part du Caimakan de Banias, Hussein Effendi Massarani, l'ordre de nous rendre de grands honneurs. Et nous ayant exprimé fort galamment son intention de nous accompagner jusqu'à Tartous, il prend sur l'heure la direction de notre caravane.
Ses invités sont là ; on palabre, les heures s'écoulent, je ne vois rien venir...
— Enfin, dis-je, qu'est-ce qu'on attend?
— Que vous daigniez donner vos ordres, me fait répondre en s'inclinant mon hôte.
Je ne vais pas vous décrire les plateaux qu'on apporte alors, chargés d'une ou deux douzaines de curiosités de bouche, prodigieusement parfumées. Essayons plutôt de rétablir la conversation.
— Vous me montrerez votre château, dis-je aux Qadmousiens.
Et tous de me donner des renseignements qui complètent ceux que j'ai recueillis à Masyaf. Quand les Nosseïris se furent emparés du château de Masyaf, ils vinrent assiéger celui de Qadmous. Un Ismaélien de Khawabi, dont ils me donnent le nom, que je vais sûrement estropier, le cheikh Ali-el-Hadj, courut prévenir Alep, Homs, Hama. Mais là-bas on perdit du temps ; le gouvernement ottoman, avant d'envoyer Youssouf Pacha et des troupes, fit prendre par les savants, par les grands cheikhs, une fatwa, une décision pour établir que les Ismaéliens sont musulmans. Les gens de Qadmous, qui ne voyaient rien venir, qui ne savaient même pas qu'on s'occupât d'eux, se rendirent aux Nosseïris, à condition que leur vie serait sauve ; et ils quittèrent le pays. Sur les entrefaites, Youssouf Pacha arriva, bombarda la forteresse, chassa les Nosseïris, et commença à ramener les Ismaéliens. Mais la forteresse resta demi-détruite, et bientôt sa ruine fut achevée par Ibrahim Pacha, qui n'entendait pas laisser de refuges aux indigènes...
(Ainsi en Orient, en France, en Allemagne, les burgs sont tous morts de la même manière et par un effet du même dessein politique. Partout le pouvoir central a voulu désarmer et rendre impossible la vie politique locale.) [...]
Nous campons sous la tente, à l'entrée du village, au pied du tertre qui porte le château de Qadmous. Le plus profond et le plus agreste repos. Je le dirai une fois pour toutes, et d'une manière paisible et générale, afin d'éviter l'apparence même d'un reproche envers aucun de ces hôtes qui nous accueillent de leur mieux : c'est vraiment triste qu'en Orient les nuits appartiennent aux moustiques et aux punaises. Écoutez la chanson cruelle de ceux-là, et voyez la marche horrible de celles-ci ! Par centaines, ils tourbillonnent dans l'air, tandis qu'elles s'avancent en silence sur les murs, au plafond, dans tous les plis de toutes les étoffes, des plus somptueuses et des plus misérables. Quel dégoût ! Ah ! ce n'est pas en Asie, à ma connaissance du moins, que nos nuits deviennent la plus belle moitié de notre vie. Restent les campements : sous la tente, trêve de reproches ! Propreté, silence, large et pure respiration ! Un tel régime, c'est bien-être, guérison, oubli, apaisement physique et moral, retour à nos destinées premières et peut-être les plus vraies.
Au réveil, avec le Moudir et plusieurs notables, je suis allé visiter le château, ou du moins le haut du rocher que le château occupait jusqu'aux premières années du dix-neuvième siècle. C'est un massif d'une centaine de mètres, à la pointe de l'angle dessiné par deux vallées qui se rejoignent. Ce massif, séparé de sa base par une dépression, a la forme d'un oeuf, d'une ellipse allongée, dont le dessus a été aplani par l'architecte du château. Tout autour, sauf du côté Nord, où l'on accède plus aisément du village, de profonds ravins l'enserrent, qui doivent débiter beaucoup d'eau en hiver. L'horizon est fermé par des montagnes calcaires, entres lesquelles, à l'Orient, par plusieurs brèches, on aperçoit la mer et les hauteurs de l'île de Chypre.
Sur cette terrasse, mi-naturelle, mi-taillée dans le roc, à la place du château anéanti, quelques pauvres maisons, quelques mûriers chétifs qui ont su trouver un peu de terre végétale. Vif étonnement, pour un Français, d'y trouver un vieux canon à fleur de lis. Que fait-il là ?
Le grand vent, un immense espace à surveiller, le silence, et ma curiosité qui ne sait où se renseigner. Je regarde au-dessous de moi cet inextricable enchevêtrement de vallées, où des restes de murs me font comprendre que jadis les avancées du château les fermaient. Mais que puis-je saisir des intérêts, des passions, de l'intelligence qui animaient cet horizon ruiné ?
Je cause avec plusieurs Ismaéliens, dont l'émir Tamer Ali. Ils me racontent que le seigneur Rachideddin Sinan demeura quelque temps à Qadmous dans une maison éclairée par une grande fenêtre. Si quelqu'un de ses compagnons voulait entreprendre une affaire, un voyage, il venait y réfléchir devant cette fenêtre. Et le seigneur le voyait. Au bout de peu, un serviteur sortait et disait à l'homme : « Ton affaire réussira, » ou bien « Ton voyage échouera ! » Et celui-ci, selon cette réponse, abandonnait ou exécutait son projet.
Souvent, la nuit, le seigneur Rachid montait au sommet des montagnes voisines, et laissant son cheval à son écuyer, il se tenait dans la solitude. Une nuit, l'écuyer s'enhardit jusqu'à s'approcher, et voici qu'il vit un oiseau vert aux grandes ailes qui causait avec le seigneur. Un peu avant l'aube, l'oiseau s'étant envolé, le seigneur se leva et rejoignit son cheval. L'écuyer osa alors l'interroger sur cet oiseau vert. « C'est, répondit Rachid, le seigneur Hasan Aladhikrihis-Salâm, le Grand-Maître de Perse, qui vient me demander assistance. » [...]
Des montagnes voisines se détachent, çà et là, plusieurs pitons ; l'Émir m'indique l'un d'eux, tout près de nous, au Nord, qui porte, me dit-il, le tombeau de Mollah-Hasan, le fils de Rachid-eddin Sinan. Il domine le pays, et je vois avec plaisir que j'ai passé ma nuit dans une dépression, entre la forteresse et ce tombeau du fils de l'homme que j'admire.
Les hauts lieux dont ce pays est semé, m'explique encore l'Émir, s'appellent Mazar. Un certain nombre d'entre eux sont nommés Gharbi, ce qui veut dire occidental, et renferment des restes d'Européens, de chefs croisés ; ou bien encore on y voit des inscriptions romaines.
Rachid-eddin est enterré au Kaf, où je vais aller tout à l'heure. L'Émir le tient pour un chef politique, non pour un chef religieux. Son tombeau, auprès duquel subsistent des vestiges de maison, est une coupole en très bon état avec un caveau. On y va beaucoup dans la saison d'été, et en arrivant on égorge des moutons. On y met des lampes, la veille de chaque vendredi, et des chiffons bleus. Il s'y produit souvent des miracles. Sur le tombeau aussi de Mollah-Hasan, le fils de Rachid-eddin, on met des lumières, le jeudi soir, et des chiffons bleus. Nulle inscription ne s'y trouve.
Plusieurs Ismaéliens se sont groupés autour de l'Émir qui me donne ces explications. Je reviens sur ce qu'il m'a dit de Sinan, et je lui demande :
— Vraiment, Rachid-eddin Sinan n'était pas un chef religieux ? Je croyais qu'il se faisait adorer comme un dieu?
— C'était un chef politique.
— Où donc est le dieu ?
Nulle réponse.
— Récitez-vous des poésies spéciales ? (je n'ose dire des prières.)
Les visages se ferment, et au bout d'un instant, l'Émir me répond :
— Non.
Des enfants nous suivent et nous présentent des monnaies byzantines qu'ils désirent me vendre."
Extrait tiré de Une enquête aux pays du Levant, Maurice Barrès, Plon, pp. 228-239
mardi 14 juillet 2009
Qu'est-ce que le chiisme ?
dimanche 12 juillet 2009
Attaque manquée sur Shayzar
En 1113, les ismaéliens furent l'objet de violentes répressions à Alep et à Apamée. Des massacres eurent lieu. Ils firent de nombreuses victimes. Les rescapés tentèrent de s'emparer de Shayzar afin de se protéger en se mettant à l'abri dans une forteresse. Malheureusement pour eux, leur tentative de prise de Shayzar allait se solder par un échec, comme nous le raconte dans son autobiographie le Prince de Shayzar lui-même, Ousama Ibn Mounqidh, qui fut le témoin oculaire de cette attaque. L'autobiographie de ce prince, vivante et colorée, consitutue une source privilégiée pour comprendre la géopolitique et les moeurs à l'époque des croisades.
"La grande peur de la ville nous vint d'un autre côté, du côté de chez nous. Il y avait, dans la région, force chiites, et des plus extrêmes, des Ismaéliens. Ce jour-là, une bonne partie des hommes était loin de la forteresse, et celle-ci fut envahie, dans une surprise totale. J'ai dit tout à l'heure la part prise par les femmes à la résistance, le soutien qu'elles apportèrent aux soldats laissés sur place. En voici un autre exemple : une vieille femme, Founoun, qui était à notre service depuis le temps de mon grand-père, se couvrit de son voile, prit une épée et combattit jusqu'à notre retour. C'est à elle et aux autres, autant qu'aux hommes restés là ou revenus à la rescousse, que nous dûmes de repousser les assaillants et de passer au fil de l'épée tous ceux qui tombèrent entre nos mains. Pour moi, j'eus à affronter, seul à seul, un Ismaélien qui, voyant venir mon coup d'épée, plaça, pour se protéger, la lame d'un poignard sur son avant-bras. Peine perdue. L'épée le trancha tout net, au prix d'une légère brèche : celle-ci y est encore, pour me rappeler ce combat singulier de mes dix-neuf ans. Triste journée que celle-là, où beaucoup de nos gens périrent. Mais j'en retiens aussi l'une des plus claires expériences qu'il m'ait été donné de méditer. Nous avions fini de nous battre, ivres de vengeance et de dégoût, quand une voix cria : « Des gens, ici ! Il y a du bruit ! » C'était une écurie très sombre, et qui paraissait vide. Nous y trouvâmes, en fait, deux Ismaéliens armés, qui furent tués sur l'heure, et l'un de nos compagnons, mort, étendu sur on ne savait quoi : c'était un troisième Ismaélien qui, à notre arrivée, s'était enveloppé de quelques hardes qui traînaient par là et caché sous le mort. Nous lui fîmes, à lui aussi, son affaire, et emportâmes le corps de notre ami à la mosquée. Il avait d'énormes blessures, et ne bougeait ni respirait : de mon pied, je lui remuais la tête, qui semblait tellement sans vie, sur le pavé de la mosquée. Mais Dieu seul connaît nos destinées et leur terme ! Si incroyable que cela fût, notre homme revint à lui, survécut et retrouva sa santé d'autrefois."
André Miquel, Ousama. Un prince syrien face aux croisés, Fayard
vendredi 10 juillet 2009
Maurice Barrès à Khawabi : récit de voyage
Vers onze heures, nous atteignons la halte du déjeuner, les jardins du pont Kharab : quelques arbres, auprès d'une source et d'un champ de blé. Un beau figuier met son ombre sur nos tapis étendus. C'est un figuier non greffé, mais on y fait grimper un petit enfant qui sait choisir les fruits. Sous les arbres voisins, les chevaux remuent leurs grandes queues pour chasser les mouches. Avec eux sont assis les gendarmes et les Moukres. A mesure que chacun de nous s'est servi, on leur passe les plats de poulet, de légumes froids et de laitage, tout un charmant festin qu'a voulu nous offrir la famille d'Adballah Elias.
Dans les arbres, un oiseau, d'autant de coeur qu'un rossignol, chante à demi endormi. Un âne brait au loin.
Pas de sieste. En route. Nous traversons une rivière où il y a des arbres et de l'eau très claire, et nous commençons à gravir des collines assez raides, pour parvenir à un vaste plateau où le terrain, de calcaire devient volcanique, sans cesser d'être pierreux. Nous suivons ses ondulations accidentées. Rien que le bruit des pas de nos chevaux à la file. L'insolation nous menace, mais que cette vie animale est belle ! Je me fais toute une morale, à part moi, pour m'inciter à mépriser ma fatigue et à jouir de ces minutes paisibles. Quand Mahomet fit son voyage de Syrie, deux anges lui formaient un abri de leurs ailes contre l'ardeur du soleil. La jeune Khadidjah en ayant été informée offrit sa main à Mahomet. Ni les anges, ni la jeune Khadidjah ne m'apporteront leurs faveurs.
Une heure et demie après avoir quitté la rivière, nous arrivons au village grec orthodoxe d'El-Sanda. Tandis que les paysans nous apportent du sirop de mûres, les mulets se roulent à terre et s'attirent une bastonnade générale.
Maintenant, par une série de lacets, dans les terrains volcaniques, et dans un véritable petit bois, on descend une très forte pente, pour arriver, dans le fond de la vallée, à un ruisseau. Là, notre guide indécis s'arrête. Il ne sait plus sa direction. Une paysanne providentielle surgit, qui vient puiser de l'eau. Mais la menteuse, la prudente, la sotte, n'a jamais entendu parler de Khawabi ! Autre providence : soudain apparaît une escouade de jeunes cavaliers. A leur tête, le fils du Moudir de Khawabi. Ce Moudir se nomme Achmed Bey al-Mahmoud, et son fils, Abdel-Khader. Ils viennent d'être prévenus par nos conducteurs de bagages qui, eux, sont déjà arrivés, et ils accourent à notre rencontre.
Il est six heures du soir ; ces jeunes gens font une charmante fantasia dans le lit de la rivière, et je les applaudis, tout en me disant in petto que je ne leur cède pas en fantaisie, moi qui viens, par cette chaleur, admirer ici leur équitation !
Et tous ensemble, de repartir. Nous chevauchons dans le ruisseau même, et rejoignons ainsi le lit desséché d'un torrent, que nous remontons, puis un petit sentier périlleux. Soudain, dans le ciel, par une échancrure de vallée, entre les montagnes farouches, apparaît Khawabi. Des constructions sur un rocher, entouré lui-même, de quatre côtés, par quatre montagnes qui le surplombent de quatre à cinq cents mètres. Quelle beauté, cette dure solitude guerrière ! Le long du mince sentier serpentant à pic, au-dessus de la profonde rivière, nous approchons dans le soir, et déjà nous pouvons voir la population debout sur les murs qui nous attend. A ce moment, j'ai écrit sur mon carnet deux lignes que j'y retrouve en riant : « J'aperçus Khawabi à la fin du jour dans le ciel, et j'éprouve de l'enthousiasme ! »
Au pied du rocher qui porte la forteresse, devenue elle-même le village, nous trouvons les notables et, devant eux, le moudir, Achmed Bey al-Mahmoud, gros bonhomme à l'air jovial, une sorte de Toulousain, qui soudain me rappelle l'ancien ministre Constans. Ils nous disent que, là-haut, il n'y aurait pas de place pour nous, et qu'ils ont fait établir nos tentes en bas, dans un champ d'oliviers, où ils nous conduisent.
Fort excité par le désir de voir Khawabi, je décide que nous n'attendrons pas au lendemain matin, et que nous allons sur l'heure, dans le crépuscule, gravir à pied la rude côte, avec le Moudir, à qui nous ferons d'abord notre visite.
On entre dans le château par une porte pareille à celle de Marqab. Ce sombre porche franchi, me voici à ciel ouvert (un ciel déjà plein de nuit) dans l'enceinte fortifiée. Une rue y est construite, où je fais quelques pas. Puis à droite, l'escalier et la maison du Moudir. Son salon : tout un orientalisme de pacotille allemande. Sur un marbre, devant une glace, une collection de lampes à pétrole en cristal. On sert des verres d'orangeade et le café.
Nous reprenons la visite du village, dans le château. Une seule rue, en rumeur, pleine d'ânes et d'enfants qu'épouvante notre vue. Des femmes bravent la défense de nous approcher, jetées vers nous par la curiosité. Les hommes, très sombres, répondent pourtant à nos « bonjours, messieurs » et à nos saluts. Cette rue finit très vite en cul-de- sac. Il nous faut revenir par le même chemin, sous la même voûte, si noire maintenant qu'on doit y allumer des allumettes. Nous redescendons le long escalier, et trouvons, sous nos oliviers, les tentes dressées.
Je m'en vais, de fatigue, me coucher sans dîner."
mercredi 8 juillet 2009
Château de Khawabi (Syrie) : description du site
Le château de Khawabi est situé à environ 20 kms de Tartous. Il est bâti sur une crête haute d'environ 80 mètres surplombant une rivière et il est encerclé de collines plantées d'oliviers de toutes parts. Certains auteurs ont décrit le château comme un bâteau naviguant sur une immense mer de verdure. Le château mesure 350 mètres de long sur 200 de large.
Khawabi signifie "le château des brebis". Il fut pris par les ismaéliens aux Croisés vers 1140, et Rashid al-Din Sinan, le fameux "Vieux de la montagne" renforça ses défenses peu après 1160 et en fit une forteresse puissante. D'ailleurs, personne ne fut jamais capable de reprendre le château par la suite. En 1213, Bohémond IV de Tripoli mit le siège devant ses murailles suite à l'assassinat de son fils Raymond dans la cathédrale de Tartous par, dit-on, un groupe d'ismaéliens. Les ismaéliens assiégés dans leur forteresse firent appel à des renforts sunnites qui arrivèrent d'Alep et de Damas, ce qui permit de lever le siège. Nous savons peu de choses de l'histoire du château après sa prise par le Sultan Baïbars en 1273. Le château servit d'habitations mais fut également utilisé par les fermiers comme abris pour leurs animaux ou comme entrepots pour stocker leurs récoltes. Au début du XIXe siècle, les ismaéliens, après avoir déserté la région pendant longtemps, revinrent s'installer dans et autour du château. Ils y vivent encore de nos jours menant une vie paisible et confortable à l'intérieur de leurs belles demeures de vieilles pierres.
Croquis de Khawabi telle que la citadelle devrait être après sa restauration. Source : Zeina al-Cheikh
On accède au château par un étroit sentier composé de 2 séries de marches, la première comportant 20 marches et la seconde 40. Ces marches sont taillées dans la roche et nous mènent à l'entrée principale du château située à l'extrémité du mur nord (à l'extrême droite sur la photo ci-dessus). Cette entrée principale est surmontée d'une barbacane. De cette entrée part un chemin qui nous conduit directement au pied d'une sorte de citadelle intérieure construite sur une éminence rocheuse et ceinturée par une double muraille. L'espace compris entre les deux murailles a été recouvert d'une toiture et cet espace est utilisé comme étable ou entrepôt. Du haut de ces murailles, on pouvait bombarder les assaillants qui auraient réussi à pénétrer dans le château. Ainsi, Khawabi a un plan concentrique avec des remparts extérieurs et à l'intérieur de ces remparts, une autre forteresse venant renforcer le dispositif de défense du château. Un chemin principal traverse le château avec des allées transversales menant aux remparts. Les différentes pièces et salles de cette partie intérieure du chateau ont été emmenagées en résidences belles et confortables par leurs occupants.
Des citernes d'eau ont également été construites et se trouvent dans la partie nord du château.
Les murs de la partie sud du château sont pourvues de meurtrières sur deux niveaux. Certaines meurtrières de la rangée du haut ont été élargies afin de laisser entrer une lumière plus importante dans les pièces du château utilisées pour les besoins agricoles.
Le château de Khawabi est le seul château ismaélien de Syrie conservé encore quasiment intact.
jeudi 2 juillet 2009
Le mausolée de Husayn à Karbala
Le mausolée de Husayn, encore appelé Mechhed Husayn est le lieu de pèlerinage le plus visité dans le monde musulman après la Kaaba.
Le pèlerinage à Karbala commença très tôt après le martyr de Husayn en 680 et prit très rapidement de l'importance. En 850, le Calife Abbasside al-Mutawwakil ordonna la destruction du tombeau afin d'arrêter l'afflux des pèlerins chiites et décréta des sanctions horribles envers les visiteurs. Mais le tombeau fut rapidement reconstruit par les fidèles, et dès 880, des pèlerinages étaient à nouveau attestés. En 980, la dynastie Bouyide chiite restaura magnifiquement le mausolée après que celui-ci eût été pillé par des bédouins. Le fameux voyageur Ibn Battuta qui visita Karbala au début du XIVe siècle décrivit la magnificence du tombeau. Le sarcophage d'argent était éclairé par de nombreuses lampes d'or et d'argent qui faisaient croire "à des étoiles incrustés dans la voûte du firmament". En 1535, le Sultan Soliman le Magnifique fit agrandir le canal al-Hasayniyya qui alimentait la ville en eau, ce qui permettait de créer de vastes jardins. Vers 1790, le Sultan Qadjar, Agha Muhammad Khan, fit recouvrir d'or la coupole du mausolée. Mais quelques années plus tard, les Wahhabites, issus d'un courant extrêmiste et rigoriste, menés par le Shaykh al-Sa'ud pénétrèrent dans la ville de Karbala. Ils massacrèrent ses habitants, pillèrent et démolirent partiellement le tombeau. Pour les Wahhabites, le culte des saints et des reliques constituait une hérésie insupportable. Cette agression provoqua un vif émoi chez les chiites. Les dons affluèrent de partout, et le mausolée fut reconstruit et redécoré avec encore plus de magnificence et de beauté qu'avant.
De nos jours, le mausolée de Husayn couvre une surface de 10 000 mètres carrés. Il est revêtu de magnifiques céramiques bleues. Un bandeau bleu comportant le Coran, entièrement calligraphié en lettres blanches, parcourt toute l'enceinte de l'édifice. Le tombeau occupe le milieu de la cour et il est surmonté d'une belle coupole dorée. Le cercueil qui mesure 4 mètres sur 2 est entièrement recouvert d'argent et entouré de lampes en or et argent qui récréent l'atmosphère décrite par Ibn Battuta. Le sarcophage est situé juste sous la coupole dorée.
Karbala est à présent une ville de quelques 600 000 habitants. Elle est située à une cinquantaine de kilomètres au sud de Bagdad. L'économie locale survit essentiellement grâce aux revenus tirés du pèlerinage et des investissements que l'Iran y réalise dans les infrastructures.
Supplication
Je suis bouleversé par l'ampleur de mes péchés.
Ma déchéance me fait honte
Je ne me suis que trop écarté de la Voie
A présent, je fais le serment de ne plus m'éloigner du Seuil de Ta Porte.
Désormais, je ne suivrai plus d'autres voies que la Tienne,
Et il n'y aura plus pour moi d'autres cours royales que la Tienne.
O Seigneur, par Ta Bonté infinie et Ta Grâce incommensurable,
Ne m'éloigne pas de Ta noble Présence.
Ne me repousse pas, moi, Ton chien, qui me tiens à Ta Porte.
mercredi 1 juillet 2009
Repentance
O mon Dieu, O mon Seigneur Bienveillant.
Tu es le Tout-Aimant, le Clément.
Pardonne à Ton faible et humble serviteur,
Car Tu es Celui qui pardonne, le Miséricordieux.
Je confesse mes péchés,
Oui, ma négligence envers Toi m'afflige.
Je suis noyé dans l'océan des péchés,
Et Tu es le seul qui puisse me sauver.
J'implore ton secours avec force soupirs et lamentations.
Je demeure malheureux et désespéré
A l'idée de ne pouvoir Te servir comme il le conviendrait.
Du fond de mon coeur, je crie :
"Je me repens, je me repens, je me repens".
Poème de Hasan Sabbah, traduit de "Shimmering Light", Kutub Kassam, I.b.Tauris, 1997